De l’ostéopathie à la fasciathérapie

Ancrage dans l’ostéopathie fonctionnelle

Au début de son parcours professionnel, Danis Bois est influencé par l’esprit rationnel qui domine le monde biomédical où seuls les éléments objectifs ont droit de cité. Mais progressivement, ses points de vue au contact du vécu associé à sa pratique se renouvelent.  Il découvre un être humain plus complet sollicitant chez lui des interrogations : « Qu’est-ce que l’humain ? Quel sens donner à la vie ? Comment soigner la présence à la vie ? » Habituellement, la notion de présence concerne surtout la relation à autrui et à l’environnement, mais la nature de présence évoquée ici est une présence à soi, à partir d’un contact conscient avec l’intériorité du corps grâce à une perception affinée capable d’explorer l’intériorité vivante du corps.

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L’évolution de sa réflexion et de sa pratique s’est faite progressivement. Au début de sa carrière de soignant, c’est en tant qu’ostéopathe qu’il explore la vie interne tissulaire. Ainsi, en 1980, il s’intéresse au fascia et y consacre une partie de sa vie de praticien et de chercheur. Le fascia fest pour lui un précieux allié pour dialoguer avec le corps et susciter sa force d’autorégulation. « La plus grande fierté que peut éprouver un thérapeute est probablement celle d’avoir su éveiller et exploiter au maximum les forces vives du corps. Dans ce contexte, la puissance d’un geste thérapeutique ne se mesure pas à la volonté déployée par le praticien pour apporter une solution à la problématique du patient mais à la capacité à déclencher la force interne du corps ».

Pour comprendre l’origine de la fasciathérapie, il convient de distinguer deux sortes d’ostéopathie, l’une dite « structurelle » que de nombreuses personnes connaissent lorsqu’elles se font manipuler le dos. Notons d’emblée que cette forme d’ostéopathie ne se limite pas à la manipulation vertébrale, elle aurait aussi une action sur le système nerveux autonome et périphérique et serait bénéfique sur un grand nombre de troubles fonctionnels, tels que des troubles viscéraux, des maux de tête, par exemple… Dans le contexte de l’ostéopathie structurelle le geste effectué est interventionniste.

L’autre forme d’ostéopathie, appelée « fonctionnelle », agit en priorité sur la fonction, plus douce et non manipulative, le praticien se met au service de la force d’autorégulation qui anime le corps du patient.

Après avoir pratiqué les deux formes d’ostéopathie durant quelques années, Danis Bois opte pour l’ostéopathie fonctionnelle qu’il consid§ère plus respectueuse de la vie interne du corps et de la personne. Il renonce alors progressivement à pratiquer les techniques manipulatives pour s’intéresser à l’écoute du corps intérieur.

Entre 1980 et 1990, Danis Bois s’inscrit en partie dans la philosophie des fondateurs de l’ostéopathie qui appréhendent les mécanismes d’autorégulation liés à l’animation interne tissulaire. Ce sont ces éléments qui ont finalement marqué les débuts de la fasciathérapie.

Parmi les principaux auteurs,  Andrew Taylor Still[1] dévoile l’arrière-scène de la naissance de l’ostéopathie qu’il décrit sous la forme d’une métaphore « comme l’éclat d’un soleil, une vérité frappa mon esprit » donnant accès au caractère soudain de sa création et à partir de laquelle il s’engage dans une recherche besogneuse faite de discipline et portée par un idéal fort. C’est, dira-t-il, « par l’étude, la recherche et l’observation, [que] j’approchai graduellement une science qui serait un grand bienfait pour le monde ». Sur la base de cette dynamique A. Still développe ensuite le concept d’une vie dictée par une loi dont l’origine n’est pas conçue par la main humaine, « une loi qui, selon lui, maintient la vie en mouvement », une sorte de « pharmacie de Dieu » qui dépasse le pouvoir inventif de l’homme. En effet, selon A. Still, « l’homme possède en lui ce qu’aucune pharmacie, ce qu’aucune science ne peut remplacer. »

William Garner Sutherland[2] (1873-1954), fondateur de l’ostéopathie crânienne,  préconise quant à lui une écoute de qualité pour découvrir une vie interne en mouvement qu’il dénomme « le mécanisme respiratoire primaire ». A ses débuts Danis Bois milite en faveur de l’idée émise justement par cet auteur en préconisant de : « permettre à la fonction vitale interne de manifester sa puissance infaillible, plutôt que d’appliquer une force aveugle venue de l’extérieur ».

Rollin Becker[3] (1910-1996) quant à lui, s’est mis au service de la capacité naturelle de l’organisme à déployer un principe de résolution grâce à l’écoute du jeu subtil des fascias animés d’un principe de vie.

Cependant, le regard de Danis Bois sur la puissance interne d’autorégulation change au fur et à mesure que son expérience de la pratique manuelle sur les fascias se développe. Les paramètres de l’animation interne qu’il perçoit ne correspondent plus à ceux décrits par l’ostéopathie. A partir de ce constat, un nouveau concept thérapeutique émerge et prend le nom de « fasciathérapie » de par sa grande proximité avec le fascia et de par la nature de l’animation interne dénommée « mouvement interne ». Ce mouvement devient le maître d’œuvre de la force d’autorégulation du vivant qui anime la matière du corps. C’est une force de croissance incarnée (au sens de palpable dans le corps), au service de la régulation organique et psychique.

 

[1] Still, A.T. (1998). Autobiographie (1897). (P. Tricot, trad.). France : Editions Sully.

[2] Sutherland, G. (1998). W. G. Sutherland, La Coupe crânienne, 2002

[3] Becker, R.E. (2000). L’immobilité de la vie : la philosophie ostéopathique de Rollin E. Becker, D.O. (P. Tricot, trad.).

 

 

 

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