Ce que sont les fascias

La fasciathérapie comme son nom l’indique porte son action thérapeutique sur les fascias. Le terme « fascia » est un mot latin signifiant bande, bandelette, qui entre dans la langue en 1806 pour désigner les tissus conjonctifs fibro-élastiques formant les enveloppes des différentes structures de l’organisme. En anglais le tissu conjonctif se dit « connective tissu » mettant en relief la fonction de liaison du fascia entre les différentes structures anatomiques. Le Petit Robert (2007) lui attribue comme définition : « membrane de tissu conjonctif qui enveloppe des groupes de muscles et certains organes dont elle assure le maintien. » Il est intéressant de constater qu’en anglais le tissu conjonctif se dit « connective tissu » mettant en relief la fonction de liaison du fascia entre les différentes structures anatomiques. Le terme fascia a été repris par le fondateur de l’ostéopathie, le Dr. Andrew T. Still (1828-1917), faisant de ce tissu « l’endroit où il faut chercher la cause de la maladie »[1]. Pour donner une idée de l’importance de ce tissu, le chercheur Léon Page rapporte que s’il était possible d’enlever tous les éléments tissulaires du corps à l’exception du tissu conjonctif, l’apparence superficielle du corps ne serait pas grandement changée. Comme une vaste toile d’araignée, le fascia relie la tête aux pieds et la profondeur à la superficie. Il offre au corps une unité anatomique et fonctionnelle.

Voici un tour d’horizon des localisations principales et des désignations afférentes du fascia ou tissu conjonctif.

  • Les fascias d’enveloppe des poumons, du cœur, des viscères sont respectivement nommés plèvre, péricarde et péritoine.
  • Les fascias d’enveloppe des muscles sont appelés fascias myotensifs ; ils se prolongent par les tendons constitués eux aussi de fascia et qui s’insèrent sur les os.
  • Le fascia d‘enveloppe de l’os est appelé périoste.
  • Les fascias sont également présents au cœur des articulations sous la forme notamment des capsules et des ligaments.
  • Le tissu qui enveloppe la peau (le derme en particulier) et les aponévroses sous-jacentes font partie de la grande famille des fascias.
  • Le système nerveux possède son propre fascia, à savoir les méninges (particulièrement la dure-mère), membranes d’enveloppe du cerveau et de la moelle épinière.

La fasciathérapie agit sur toutes les structures du corps, des plus superficielles (la peau, les aponévroses, les muscles, les ligaments) aux composants les plus profonds (thorax,viscères). Son action intéresse aussi des fascias inattendus tels que le tissu osseux lui-même, l’artère et le sang.

Les fonctions des fascias

Ils servent à soutenir et à relier les tissus : sans cette « colle » du corps nous ne serions qu’une flaque d’eau.

Les fonctions principales les plus connus des fascias sont celles d’attache, d’enveloppe, de remplissage, d’isolation, de protection, ainsi que de transport dans le cas du tissu sanguin.

Structure unique, mettant en liaison toutes les régions du corps, les fascias ont plusieurs fonctions comme accompagner et harmoniser le mouvement, participer à la fonction de régulation tonique du corps.

Ce sont aussi des lieux d’échange des nutritifs corporels (homéostasie) et sont également garants du bon flux nerveux. Ils jouent un rôle important dans la régulation endocrinienne et immunitaire.

 

Les réactions des fascias aux chocs physiques et psychiques

Les fascias sont très sensibles à toutes formes d’agression physique, psychologique ou biologique.

Lors d’un stress, le fascia se rétracte, se crispe et s’immobilise. Cette réaction d’adaptation est en principe réversible mais il est fréquent que des tensions s’installent et perturbent l’équilibre général de l’organisme.

Les chocs physiques et psychologiques peuvent rester  « inscrits » dans le corps à notre insu. Une fragilité s’installe et permet à des pathologies plus sérieuses de se développer.

 

L’organisation générale des fascias

On retrouve différentes structures de fascia qui prennent des noms différents selon leur localisation. La représentation anatomique qui suit n’a qu’une vocation didactique car sur le vivant ces différentes couches de fascia sont interconnectées. La moindre contrainte, telle que des pressions ou des tractions, sollicite l’ensemble de l’édifice architectural. Il faut imaginer que le fascia pénètre de la périphérie vers la profondeur organique jusqu’à l’unité microscopique de la cellule. En effet, on remarque que le tissu conjonctif présente des points d’adhérence sur l’environnement proche de chacune des cellules de notre organisme.

L’observation de l’organisation générale du tissu fascial met en évidence deux structures singulières :

– d’une part le « fascia superficiel » qui sous la peau enveloppe l’ensemble du corps, et dont la rétraction donne la sensation d’être serré dans un vêtement trop petit,

– d’autre part le « fascia profond » : composé d’une suite de fascias attachés sur l’occiput, les cervicales, le sternum, le diaphragme et jusque sur les lombaires ; le fascia profond participe aux enveloppes du cœur et des gros vaisseaux du médiastin ainsi qu’aux aponévroses des muscles profonds du cou, en avant des cervicales. Cette structure constitue un lien mécanique direct entre la base du crâne et le diaphragme, qui peut, en cas de raccourcissement, limiter la mobilité de la colonne vertébrale et entraîner une posture d’enroulement des dorsales hautes et d’extension compensatrice des cervicales.

La totale continuité de ces membranes dans l’ensemble du corps de par leurs prolongements, replis et extensions, fait qu’elles servent de maintien et surtout de lien à l’intérieur des systèmes et d’un système à l’autre.

En ce qui concerne les muscles entre eux par exemple, les tissus conjonctifs assurent la conduction du tonus et du mouvement, de même que l’harmonisation des fonctionnements musculaires en chaîne. Sans les fascias certains mouvements seraient impossibles ou disharmonieux et de moindre amplitude. Pour ce qui est des structures osseuses et des viscères, les fascias permettent à ces deux constituants pourtant si différents une réciprocité d’influence. C’est ainsi qu’un dysfonctionnement viscéral pourra agir sur la posture et vice-versa.

En fasciathérapie, on utilise une classification fonctionnelle du fascia :

 

  • Les fascias superficiels 

    Le fascia superficiel
    Dessin Myriam Valet www.anat-art.fr

Ce fascia est constitué d’une part du derme, par ailleurs, il recouvre l’appareil locomoteur puisqu’il enveloppe et compartimente les muscles (fascia myotensif). Les tendons et ligaments en font également partie ainsi que le périoste de l’os. Comme une vaste toile d’araignée, il relie la tête aux pieds et la profondeur à la superficie.

Ce fascia réagit sous l’effet d’un traumatisme physique ou un état de fatigue sous la forme de tensions et de crispations locales qui se diffusent à l’ensemble de cette chaine anatomique.

Ainsi, la main du praticien peut libérer le fascia qui recouvre le muscle et le pénètre dans sa profondeur[2] afin de lever les tensions et les restrictions, responsables de la douleur.

 

  • Le Fascia axial profond

Ce fascia recouvre et enveloppe tous les organes. Il enveloppe le cœur, les poumons, les viscères, le périnée.

Ce fascia est très sensible aux réactions émotionnelles et génère comme sensation un estomac noué, une gorge serrée, un ventre gonflé et tendu, une respiration oppressée.

Ainsi, la main peut contacter de façon directe ou indirecte la zone en souffrance et libérer les tensions responsables des symptômes.

 

Dessin Myriam Valet www.anat-art.fr
Dessin Myriam Valet www.anat-art.fr

 

  • Le fascia dure-mérien

Ce fascia enveloppe et compartimente le cerveau et se continue dans la moelle épinière jusqu’au sacrum et coccyx.

Ce fascia est très sensible au surmenage intellectuel, au stress psychique, à la fatigue, aux anxiétés et se manifeste sous la forme d’une sensation d’étau et de resserrement au niveau du crâne et de la colonne vertébrale.

Le geste adéquat implique un toucher crânien qui libère la sensation d’étau au niveau du crâne et de la colonne vertébrale.

 

 

Dessin Myriam Valet www.anat-art.fr
Dessin Myriam Valet www.anat-art.fr

 

quelques notions sur les fascias et le système de continuité

Il existe dans l’organisation du corps un modèle dynamique global, dénommé continuum tissulaire, grâce auquel un ensemble d’éléments et de sous-éléments fonctionnent de manière collective assurant l’adaptabilité et la stabilité de la matière vivante face aux contraintes et compressions de toutes sortes.

Vers les années 1970, à l’Université de Yale, D. Ingber étudie en parallèle la biologie cellulaire et la sculpture. Il a alors l’intuition que la structuration des êtres vivants est davantage dictée par l’architecture que par la composition chimique des éléments. Cette découverte fut des plus importantes dans le monde cellulaire et permit d’appréhender le lien direct entre forme, structure, mouvement et information génétique. Cette observation d’Ingber a donné lieu à l’élaboration du modèle de la tenségrité.

inberg

Jusqu’aux années 1970 la cellule était encore représentée comme un gel visqueux, délimité par une membrane comprenant les éléments de la cellule. Les biologistes savaient aussi qu’il existait une armature interne à la cellule nommée cytosquelette étendu (Ingber).

Les filaments du cytosquelette sont fixés aux autres cellules mais également au collagène du tissu conjonctif qui permet de comprendre le lien entre la cellule et le tissu conjonctif.

C’est à cet endroit que se produit l’interaction des cellules avec leur environnement mécanique qui joue un rôle primordial dans le développement et le fonctionnement normal d’un organisme. Cette interaction est le siège d’une transmission d’informations mécaniques qui se transforment en des informations biochimiques participant ainsi à l’intégrité fonctionnelle de cet ensemble. Toute variation de contrainte à ce niveau microscopique se traduit par des modifications fonctionnelles et biologiques.

Lorsque le geste manuel crée une pression ou un étirement, il agit localement sur tous les plans fasciaux (derme, aponévrose, fascia myotensif, périoste, tissu osseux, mais aussi au niveau de la matrice extracellulaire et artériels.

 

[1] Still, A.T. (1998). Autobiographie (1897). (P. Tricot, trad.). France : Editions Sully.

[2] Périmysium, endomysium, ….

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