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La continuité tissulaire : un concept partagé par le chirurgien et le fasciathérapeute

Le Fascia Reasearch Congress 2015 est l’occasion de découvrir des concepts novateurs issus de la recherche expérimentale ou de l’observation de la pratique. C’est d’ailleurs une des originalités affichées par les organisateurs : « Le Congrès de recherche sur le fascia a été créé par un comité multidisciplinaire de chercheurs en sciences fondamentales et de professionnels de la santé qui partagent une attention etimages un intérêt commun pour les tissus conjonctifs formant la matrice du corps humain  « .

Dans ce billet, nous vous proposons de vous familiariser avec le concept de « continuité tissulaire » concept issu de l’observation par imagerie et qui pourrait répondre au principe d’ »unité fonctionnelle dynamique » décrit par D. Bois, PhD, en 1984 à partir d’une observation de sa pratique : « Ainsi, l’être humain est une unité dynamique de fonction dont chaque partie est intégrée aux autres par cette membrane vivante qu’est le fascia ».

 

Ce concept résultat d’une évidence chirurgicale débutée il y a 20 ans rejoint l’évidence thérapeutique manuelle évoquée il y a plus de 30 ans :

« La fasciathérapie et la chirurgie introduisent un procédé de traitement qui est au premier déconcertant, mais devient peu à peu plus compréhensible grâce à la preuve visuelle des effets de ces techniques sur les tissus vivants » (Traduction de la présentation Surgery and Fasciatherapy – T. Hausner et J.C. Guimberteau).

En effet, le chirurgien et le fasciathérapeute pénètrent et découvrent chacun à leur manière, le premier par l’observation visuelle et le second par le ressenti manuel, l’architecture intérieure du corps vivant. Nous reprenons dans ce billet, les idées que développera le Dr J.C. Guimberteau lors de ses trois interventions pendant le FRC 2015 et nous les resituons dans le contexte de la pratique de la fasciathérapie.

  • L’observation chirurgicale et l’imagerie confirme ce que les fasciathérapeutes ressentent

Comme le présentent Jean Claude Guimberteau, MD et Thomas Hausner, MD dans leur intervention Surgery and Fasciatherapy :

« La chirurgie, par l’observation directe et l’enregistrement d’images est actuellement l’approche scientifique la plus capable d’expliquer ce que les fasciathérapeutes ressentent quand ils travaillent sur les tissus vivants. Les films fournissent une explication aux sensations que les thérapeutes manuels trouvent parfois difficile à décrire. Les images visuelles de la mobilisation des tissus vivants sont une aide précieuse dans la recherche d’une explication biomécanique de l’action des techniques manuelles tels que l’étirement et le pétrissage des tissus mous. En effet, l’effet des techniques sur des groupes de cellules est clairement visible. »poignee-main

La perception manuelle d’une globalité et d’une étendue tissulaire permettant d’orienter le traitement et de prendre en compte le symptôme dans une approche globale semble ainsi confirmée par les changements observés par imagerie endoscopique.

  • La continuité tissulaire et ses liens avec la pratique de la fasciathérapie

La continuité tissulaire met l’accent sur deux concepts clés de la fasciathérapie : la globalité de l’intervention thérapeutique et la sollicitation d’une dynamique d’auto-régulation interne.

Le premier point clé de cette continuité tissulaire est de faire du corps anatomique composé de parties un corps unifié sans discontinuité. Un corps conjonctif étendu tant en périphérie qu’en profondeur. Voici la définition qu’en donne J.C. Guimberteau :

« Ce continuum fibrillaire de la surface de la peau à la cellule – avec des zones de densification adaptée à la demande fonctionnelle – pourrait donc être défini comme le réseau aponévrotique global du corps, reliant tout, de la tête aux pieds, et à partir de la surface de la peau aux zones les plus profondes du corps. » (Traduction de la présentation de l’intervention In Search Of Our Interior Architectures de J.C. Guimberteau)

La continuité tissulaire rompt ainsi avec l’action locale et analytique de la thérapie manuelle et fait voler en éclat l’idée que la main ne puisse pas entrerdans la profondeur du corps et accéder aux parties anatomiques les plus profondes (os, intérieur du crâne, du thorax…).

Le deuxième point renvoie à la notion d’unité fonctionnelle dynamique. En effet, la continuité tissulaire est faite pour le mouvement et s’organise par le mouvement. Ainsi, comme le décrit J.C. Guimberteau et comme d’autres auteurs l’ont également évoqué (en particulier avec le concept de biotenségrité), cette architecture fibrillaire inhérente à la matière vivante est conçue pour permettre une mobilité interne maximale de tous les organes dans toutes les directions et pour s’adapter en se déformant (dans le sens de la compression et de la tension) aux différentes contraintes qui lui sont imposés. Lors de mouvement ou de toute autre contrainte, les fibres tissulaires répondent en s’orientant de façon adaptée et non linéaire dans la direction qui leur est imposée. Le but de cette adaptation étant de maintenir la continuité tissulaire (pas de rupture) et de transmettre, de diffuser et d’absorber la force appliquée.

 » Nous ne devons pas oublier que cette architecture fibrillaire est conçue pour permettre une mobilité maximale en préservant les tissus environnants. Les fibres doivent donc être en mesure d’absorber l’énergie parce qu’ils doivent faire face à la contrainte sans se briser ou se rompre. » (Traduction de la présentation Fascia Sliding de J.C. Guimberteau)

Ce principe d’adaptation intelligente de la matière vivante et des tissus constitue un des éléments essentiels de la dynamique d’auto-régulation tissulaire locale et globale. Lorsque les fasciathérapeutes travaillent, ils sollicitent, entre autres, par le point d’appui manuel cette capacité d’adaptabilité et d’auto-organisation spontanée et intelligente de l’architecture tissulaire.

Nous aurons l’occasion de présenter et de faire découvrir en pratique ce concept particulier du point d’appui et d’approche de l’unité dynamique fonctionnelle architecturale du corps dans notre Workshop et lors de nos différentes communications sur place.

  • Nouvelles perspectives

Pour conclure, il faut retenir que ces données nouvelles sur la continuité tissulaire, son organisation non-linéaire et son obéissance à des lois se rapprochant plus de la physique quantique newtonienne, viennent en opposition avec les conceptions anatomiques et biomécaniques vieilles de 50 ans ayant évacué le fascia. Elles doivent être accueillies par la communauté scientifique et professionnelle en vue de réfléchir à la création d’un nouveau paradigme tissulaire et thérapeutique :

« L’Evidence Based Medicine, qui repose sur les résultats de recherche pour influencer la prise de décision dans les soins à appliquer aux patients doit maintenant accepter le principe d’une organisation chaotique apparente et le caractère aléatoire du comportement microanatomique de la matière vivante. » (Traduction de la présentation Surgery and Fasciatherapy – T. Hausner, MD and J.C. Guimberteau, MD).

Vous pouvez retrouver le texte en anglais des interventions du Dr J.C. Guimberteau sur la page Conférence Programme du FRC 2015.

1 commentaire. Ecrire un commentaire

  1. Wouah quelle avancée dans la médecine ! Tout d’abord d’avoir fait des recherches sur le travail du fasiathérapeute et ensuite d’accepter que nous ne sommes pas seulement un ensemble d’organes les uns à côté des autres mais bien un ensemble intercommuniquant !

    Maintenant de notre côté, les naturopathes ce serait génial qu’ils prennent enfin en compte que l’alimentation à une réel influence sur notre santé…

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